jeudi 1 avril 2010

Le régime Métabolique Personnalisé (Typage Métabolique)

Une hypothèse sous-tend la quasi-totalité du discours et de la recherche sur la nutrition: il y a un régime idéal. De nos jours, on nous dit beaucoup que ledit régime devrait être pauvre en gras, riche en fruits et légumes, et aussi avoir des « goodies » comme des antioxydants et des Omega-3. Bien sûr, les experts sérieux reconnaitront qu'ils ne savent pas – pas encore – quel est exactement le régime idéal, mais presque aucun ne remet en cause son unicité.

Pourtant, nous savons tous qu'un aliment donné réussit mieux aux uns qu'aux autres. Nous l'avons même remarqué avec les compléments alimentaires, et avec les médicaments: La vitamine C, l'aspirine, « ça marche » pour certains, moins bien pour d'autres. Qui plus est, nous constatons aussi la diversité des régimes « qui marchent »: lisez Kousmine, et vous verrez qu'un régime pauvre en viandes et en laitages, riche en céréales complètes et en huiles végétales de première qualité fait des merveilles contre les maladies dégénératives. Elle a des centaines d'exemple. Lisez Atkins, et vous trouverez aussi de la recherche et des centaines de cas de gens qui se portent très bien avec un régime très gras, plein de homards au beurre et d'entrecôtes béarnaises, mais sans céréales et très limité en glucides (i.e. en sucres et en féculents).

Bref, il semble assez raisonnable de reconnaître que les besoins alimentaires des uns et des autres sont différents. Mais, une fois ce truisme admis, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Comment savoir quel est le bon régime pour nous? Pour faire court, ceux qui sont en bonne santé semblent avoir résolu ce problème pour eux, mais ceux qui ne sont pas en grande forme, et en particulier ceux qui ont un problème de poids, n'ont pas trouvé leur réponse. Ils balancent souvent d'un régime à l'autre, perdant un peu de poids puis en regagnant un peu plus, essayant autre chose...

Le typage métabolique est un ensemble d'outils et de théories visant à déterminer le régime idéal de chacun, celui qui est adapté à notre métabolisme unique. Une figure dominante dans ce champ est l'américain Bill Wolcott, inventeur de ce qu'il appelle « l'approche intégrée » du typage métabolique. Il appelle son approche « intégrée » parce qu'elle intègre plusieurs théories du typage métabolique. En voici quelques unes.

Le système oxydatif de typage métabolique, développé par George Watson (1972), distingue les individus essentiellement selon le taux auquel leurs cellules brûlent le sucre. Watson, dans l'étude des maladies mentales, a en effet que découvert que la plupart des patients présentaient un déséquilibre du pH veineux, qu'il attribuait à un taux d'oxydation excessif (pH acide) ou insuffisant (pH alcalin). Les patients réagissaient extrêmement bien à un traitement visant à rétablir l'équilibre, qui consistaient principalement en un traitement de combustibles lents pour ceux qui brûlent le sucre rapidement (donc plus de gras et plus de protéines, et en particulier de purines); et un traitement de combustibles rapides pour ceux qui les brûlent lentement (donc plus de fruits et légumes, de céréales, et moins de gras). Qui plus est, les patients des deux catégories réagissaient aussi de manière opposées aux principaux micro-nutriments, vitamines et minéraux. La vitamine C, le calcium, et autres merveilles disponibles au Naturalia le plus proche étaient certes bénéfiques pour les uns, mais nuisibles pour les autres.

Le système neuro-hormonal de typage métabolique fut lui développé par William Kelley (tourné grand paranoïaque sur ses vieux jours) dans les années 1960/70, principalement sur la base des travaux de Francis Pottenger. Il distingue les individus non pas principalement selon le taux d'oxydation cellulaire, mais selon la dominance d'une des deux branches du système neurovégétatif, qui contrôle les activités involontaires ou réflexes: la branche orthosympathique contrôle les mécanismes de fuite ou de combat (stoppe la digestion, déclenche la production d'adrénaline, contracte les pupilles, etc.). La branche parasympathique contrôle les mécanismes de repos et de digestion (active la digestion, dilate les pupilles, ralentit le rythme cardiaque, etc.). Il s'agit donc de distinguer les individus non pas tant sur la façon dont ils produisent de l'énergie, mais sur la façon dont ils l'utilisent. Kelley, après Pottenger, a trouvé que certains aliments, et compléments, stimulent le système orthosympathique, et d'autres le système parasympathique. Les individus chez lesquels le système parasympathique est dominant préféreront un régime de type « carnivore », les individus chez lesquels le système sympathique est dominant se porteront mieux avec un régime plutôt « végétarien ». Comme chez Watson, les réactions des individus aux vitamines et minéraux sont également opposées.

D'autres typologies des métabolismes incluent les déséquilibres hormonaux; la perméabilité cellulaire (Revici); le groupe sanguin; l'équilibre electrolytique; les sensibilités alimentaires... Sur toutes ces questions, des caractéristiques physiologiques ou métaboliques différentes commandent des comportements alimentaires différents.

Wolcott, suivi en cela par un dénommé Harold Kristal, a trouvé que, selon les individus, c'était soit le système oxydatif, soit le système neuro-hormonal, qui était la variable principale pour expliquer le niveau d'énergie des individus, et par suite leur santé et leurs besoins alimentaires. Certaines personnes sont à dominante oxydative, d'autre à dominante neuro-hormonale. Ceux qui sont à dominante oxydative peuvent être des oxydateurs rapides, lents ou équilibrés. Ceux qui sont à dominante neuro-hormonale peuvent être des types orthosympathiques, parasympathiques, ou équilibrés.

(Notons au passage que cette dominance est un fait empirique et signifie que le système considéré est le facteur explicatif principal de l'énergie des individus en fonction de leur explication, ce qui ne signifie pas nécessairement que c'est le système qui fonctionne le mieux. Ma théorie sur la question est que ce système dominant est en fait le facteur limitant: quand votre système oxydatif est équilibré, ce sont les déséquilibres de votre système neuro-hormonal qui sont les facteurs déterminants de votre énergie. Quand au contraire votre système neuro-hormonal est parfaitement équilibré, c'est votre capacité à produire de l'énergie qui détermine votre énergie totale. C'est l'histoire de la chaîne qui est aussi forte que le plus faible de ses maillons. Juste ma théorie, notez)


Systèmes de dominance métabolique

Système oxydatif

Système neuro-hormonal

Oxydateurs lents

Sang alcalin1

Les aliments du groupe I acidifient leur sang, ce qui équilibre leur pH sanguin

Oxydateurs rapides

Sang acide

Les aliments du groupe II alcalinisent leur sang, ce qui équilibre leur pH sanguin

Orthosympathiques

Sang acide

Les aliments du groupe I alcalinisent leur sang, ce qui équilibre leur pH sanguin

Parasympathiques

Sang alcalin

Les aliments du groupe II acidifient leur sang, ce qui équilibre leur pH sanguin

Les mêmes aliments ont des effets opposés selon la dominance métabolique

Tableau traduit de The Nutrition Solution, par Harold Kristal et James Haig.

Dans les grandes lignes néanmoins, il n'y a encore que trois grandes catégories de régimes: le type riche en protéines en graisses, le type riche en glucides, et le type équilibré. Les oxydateurs rapides et les parasympathiques mangent plutôt carnivores, les oxydateur lents et les orthosympathiques mangent plutôt végétariens.

A quoi bon, demanderez-vous peut-être si vous avez suivi, distinguer entre dominance oxydative et dominance neuro-hormonale, puisqu'aussi bien chaque dominance peut conduire à chaque régime? D'abord, si on considère le pH veineux, qui était la variable principale pour Watson, les mêmes nourritures ont des effets opposées sur le pH sanguin selon la dominance. La viande est acidifiante pour les individus à dominance neuro-hormonale, mais elle est alcalinisante pour ceux chez lesquels le système oxydatif est dominant. Ensuite, il y a des différences fines de régime au niveau des micro-nutriments selon la dominance. Par exemple, selon Wolcott, le magnésium a des effets opposés sur les types oxydatifs et neuro-hormonaux, mais le phosphore a des effets identiques. Enfin, en pratique, un dominant neuro-hormonal ne manifestera pas une grande sensibilité aux fluctuations de sucre dans le sang, alors qu'un dominant oxydatif verra son énergie et son humeur varier spectaculairement au gré de son taux de glucose. Ce dernier point est important dans la pratique du typage métabolique, comme nous allons le voir.

En typage métabolique, on utilise un questionnaire, et un test clinique, pour déterminer à laquelle de ces grandes catégories vous appartenez. Ceci permet de déterminer une liste d'aliments à favoriser et une liste d'aliments à éviter, ainsi que les grandes lignes d'un équilibre entre les différents macro-nutriments (protéines, lipides et glucides): les types carnivores mangent plus gras et avec moins de glucides, les types végétariens mangent plus de fruits et légumes, et moins de protéines. Mais notre point de départ était l'unicité biochimique de chaque individu, de sorte que n'avoir que trois régimes standards parmi lesquels choisir serait peu satisfaisant. Une fois déterminées les grandes lignes du régime, il reste encore à le personnaliser.

D'abord, les déséquilibres secondaires, c'est-à-dire les déséquilibres relatifs aux systèmes secondaires de typage métabolique, donnent des indications complémentaires: si vous avez un déséquilibre electrolytique, il faut surveille plus particulièrement votre apport en eau et en sel; si vos membranes cellulaires sont insuffisamment perméables, il faut renforcer vos apports en acides gras essentiels; si vous avez une intolérance ou une sensibilité alimentaire, il vaut mieux supprimer l'aliment incriminé, au moins pour un temps; si votre thyroïde est faible, il faut mettre l'accent sur certaines nourritures et compléments selon votre type, etc.

Mais ensuite, c'est la pratique qui dicte la personnalisation du régime. C'est-à-dire que le régime idéal doit vous apporter le bien-être et l'énergie que vous attendez. Concrètement, les ajustements au régime sont donc faits par un processus d'essais/erreurs dans lequel on surveille:

  • Le niveau d'énergie dans les heures suivant le repas;

  • Les états émotionnels dans les heures suivant le repas;

  • La satisfaction de l'appétit, immédiatement après le repas et dans les heures qui suivent, en particulier l'absence de fringales.

En fin de compte, cet aspect du typage métabolique est évidemment le plus important: on peut discuter à l'envi tel ou tel aspect théorique de tel ou tel auteur du typage. A la fin, même la plus belle théorie n'est qu'un outil qu'on ne peut juger qu'au regard de ce qu'elle nous permet d'accomplir. Je ne peux que vous inviter à juger par vous-même des résultats quand vous personnalisez votre régime selon les indications du typage métabolique. Je peux vous dire que Wolcott, Kristal ou Philipott (le successeur de Kristal) sont rendus extrêmement confiants par leurs années de pratique ; et que, pour ma part, j'en ai trouvé les effets spectaculaires et incontestables.

1Quand nous parlons de sang « acide » ou « basique », il s'agit en fait d'une situtation relative par rapport au pH sanguin idéal de 7,46. Un pH de 7,3, qui est encore alcalin en termes absolus, est en fait extrêmement trop acide.

7 commentaires:

  1. Merci Julot pour cette synthèse très claire. Il ne me reste plus qu'à lire ces quelques auteurs pour pouvoir passer à une application plus rationnelle du régime.
    Si vous avez d'autres auteurs intéressants à me conseiller....

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  2. Merci Isabelle,

    Bien sûr que j'ai d'autres auteurs à vous conseiller: c'est la raison d'être de ce blog. C'est aussi la raison pour laquelle je travaille à quelques publications en français sur ces sujets passionnants (et surtout, très utiles).

    Pêle-mêle, voici les auteurs qui m'intéressent le plus en ce moment: Gary Taubes, Mark Sisson, Julia Ross, Brian Peskin, Dr. O'Bryan, Rob Wolffe, Sean Croxton, Jimmy Moore, Paul Check.

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  3. Bonjour Julot,
    Merci de partager vos découvertes. C'est un vrai plaisir que t'entendre un autre son de cloche !
    Je suis très intéressée par le typage métabolique de Wolcott. Que me conseilleriez-vous pour déterminer mon profil ? Un bouquin en particulier ? Ou alors rencontrer un thérapeute spécialisé dans ce typage ?
    Recourez-vous à d'autres méthodes de profilage nutritionnel dans votre pratique de coach ? (groupes sanguins, etc.)
    Merci et bonne continuation !

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    1. Bonjour Chloé,

      Désolé, votre réponse m'avait échappé.

      Le livre de Wolcott est tout-à-fait suffisant pour se mettre au typage -- quelques douzaines de questions et on a une idée de son type dominant. Quelques jours d'expérimentation et on raffine sa compréhension de son propre corps. Ensuite, c'est un processus d'amélioration continu.

      Je ne connais pas de thérapeute spécialisé dans le typage en France. Je n'utilise personnellement rien d'autre que des méthodes très douces -- du registre du feedback personnel et du questionnaire, mais je sais que d'autres sont friands de tests en tous genres -- groupes sanguins, tests glycémiques à la Kristal. Mais dans l'ensemble, je ne suis pas sûr que ça serve à grand'chose à part faire gagner de l'argent aux labos.

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  4. Bonjour Julot et merci pour ce blog francophone de qualité
    Pensez vous que la lecture de "The Metabolic Typing Diet" est suffisante pour "pratiquer" seul le typage métabolique ?
    Merci à bientôt

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  5. Bonjour Rémy,

    Oui, je pense que la lecture du livre de Wolcott est suffisante. Mais vous pouvez toujours embaucher un coach -- moi par exemple ;-)

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  6. Superbe ! J'ai été coach sportif des années à Londres et c'est là que j'ai lu "the metabolique typing diet" de Wolcott et votre "résumé" est très intéressant ! :D

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